Confinement : les jeunes Nîmois toujours plus précaires

Les Nimois vivent leur deuxième confinement de l’année. Les derniers mois ont été mouvementés pour tout le monde. Nous avons décidé de nous pencher sur la situation des jeunes en situation de précarité. Mardi 8 décembre 2020, entre les colis alimentaires distribués et les files d’attente dans le froid, nous avons passé la porte des Restos du Coeur et du Secours Populaire à Nîmes et nous avons aussi interviewé Théo* jeune bénéficiaire. 

Article écrit par Hadjer et Oriana.

10h30 le mardi 8 décembre, aux Restos du Cœur en bas de l’avenue Jean Jaurès. Des sacs à la main, les personnes viennent faire la queue pour prendre leur colis alimentaire. Suzanne, directrice de l’antenne, nous reçoit pour une interview.

Suzanne : « On ne vit pas avec un RSA, on survit »

Qu’est ce que vous avez observé comme différence avec les jeunes et le confinement ? Qu’est ce qui a changé?

Ce qui changé ici, c’est d’avoir un petit déjeuner assis. On distribue des sachets avec des petits déjeuners donc on est ouvert tous les jours. On reçoit des populations de tous les âges et la situation est à peu près la même pour tout le monde.

Quelles sont les aides mis en place pendant le confinement pour les jeunes précaires?

Comme c’est un accueil qui est ouvert à tout le monde, les mesures sont les mêmes pour tout le monde. Par contre je sais que dans les centres de distributions alimentaires des Restos du Coeur, il y a une recommandation pour qu’on accueille les jeunes lycéens qui sont en précarité et les étudiants, surtout s’ils sont boursiers. Alors ils ont le droit à un panier hebdomadaire.

Ce centre de distribution, il se trouve ici à Nîmes ?

Alors, il y en a trois à Nîmes : un au Chemin bas d’Avignon, un à Arnavielle, c’est une rue pas très loin d’ici. C’est un centre de distribution ou là, il y a effectivement plus de monde qu’ici, parce que c’est pour les familles, et ils voient forcément plus de jeunes qu’ici.

Que pensez-vous face du fait que le RSA soit accordé à partir de 25 ans ?

Je trouve ça inimaginable que ça commence à 25 ans. On est autant dans la merde, excusez-moi…, quand on a 24 que quand on en a 25. D’autant que la majorité est à 18 ans. On peut se dire qu’il y en a qui quittent le domicile familial à ce moment-là. Ils pourraient au moins avoir un RSA. On ne vit pas avec un RSA, on survit.

Est-ce que vous savez comment le confinement s’est passé pour les jeunes sans-domicile fixe ?

Alors, réjouissons-nous, à Nîmes, les flics sont pas méchants avec eux. Je crois qu’ils n’ont pas été embêtés face au fait qu’il n’avait pas d’attestation ou qu’ils soient dehors, alors que c’est pas normal. On est resté ouvert pour justement garder un lien social aussi. Parce que évidemment, ce qu’on donne, ça ne suffit pas pour se nourrir toute la journée, mais ça permet d’avoir quelqu’un qu’on rencontre tous les jours. Et que ce soit les jeunes ou les moins jeunes, pendant le premier confinement qui était beaucoup plus strict, on nous disait : « On a personne à aller voir, on a nulle part où aller, tout est fermé. Savoir qu’on se lève pour venir chercher notre sac, ça nous fait un but. » Il faut penser au lien, à la convivialité, à l’accueil, à rencontrer des gens, à ne pas les laisser seuls ! Aider les gens à sortir de l’isolement, parce que c’est le plus grand problème de la majorité des gens.

                                                  

Dans la même journée, nous sommes allées au Secours populaire où comme le matin, les bénéficiaires nîmois faisaient la queue pour récupérer leur colis alimentaire. Pour Myriam, secrétaire générale du Secours populaire de Nîmes, les jeunes sont les grands « oubliés » de la crise sanitaire.

Myriam : « On a eu une grosse, grosse augmentation »

Est-ce que vous avez remarqué une hausse des fréquentations des jeunes de moins de 25 ans, depuis le début de la crise sanitaire ?

Ah oui, bien sûr ! On a eu une grosse, grosse augmentation. Déjà, ils venaient davantage et comme beaucoup ne pouvaient pas se déplacer, c’est nous qui sommes allés à leur rencontre. On est allé à la Cité Matisse et on a vu directement tous ces jeunes. Il y avait je crois 600 jeunes qui avaient besoin de colis alimentaire.

Surtout pendant le confinement ?

Surtout pendant le confinement ! Ca devait être des jeunes qui devaient travailler l’été. Comme ils n’ont pas pu travailler,  ils n’ont plus que leur bourse. Et vu que leur bourse est petite, quand vous avez enlevé le loyer, pour la nourriture, il reste pas grand chose.

Vous proposez quoi exactement comme aide pour les jeunes ?

Des colis alimentaires et vestimentaires. Après, ils ont aussi la possibilité d’avoir des livres, c’est tout ce qu’on peut leur donner pour l’instant.

Connaissez-vous des aides spécifiques mises en place par l’Etat depuis le début de la crise sanitaire ?

Je sais qu’il y a eu le repas à 1 euro, je n’ai pas eu le temps de me pencher dessus. Il y avait forcément beaucoup de choses dont il fallait s’occuper, sur les étudiants en particulier. Nous avons une section qui s’occupe de ça. Il y a des personnes qui vont tous les mercredis à Vauban, qui reçoivent les étudiants et ils voient ce dont ils ont besoin.

Le RSA n’est aujourd’hui accordé qu’aux personnes âgées de 25 ans ou plus. Qu’en pensez-vous ?

Je suis totalement contre. J’estime qu’à partir de 18 ans, ils doivent accéder à une allocation, parce que c’est justement cette portion-là de jeunes, qui font leurs études et qui ont besoin d’argent. Ces jeunes sont les oubliés.

Théo* : « Les jeunes ne sont pas suffisamment aidés « 

Nous rencontrons Thomas, jeune étudiant précaire de 21 ans habitant sur Nîmes et qui comme des millions de jeunes en France, est en difficulté pour vivre et étudier correctement. Il nous donne son ressenti en général et surtout depuis le début du confinement.

Que penses-tu du système de bourse? Penses-tu qu’il est égalitaire?

Je trouve que le système de bourse est compliqué à comprendre et il devrait être plus égalitaire pour améliorer la vie de plus d’étudiants.

Quelle aide pourrait envisager l’Etat selon toi pour améliorer le confort de vie des jeunes précaires, surtout depuis le début de la crise?

Je pense qu’on devrait faire une aide similaire au RSA tout en étant moindre ou avoir des colis alimentaires.

Est-ce que tu trouves que l’Etat aide suffisamment les jeunes depuis le début de la crise sanitaire?

Je trouve que les jeunes ne sont pas suffisamment aidés d’un point de vue économique mais aussi d’un point de vue psychologique.

Dans ton entourage, as-tu vu constaté plus de précarité depuis le début du confinement?

Oui, j’ai des collègues qui depuis cet événement ont du mal à joindre les deux bouts.

En savoir plus

En novembre 2020, l’Etat a versé 150 euros d’aide pour le COVID-19 aux étudiants boursiers et éligibles à la CAF. Une aide qui peut être une simple graine de café pour certaines personnes, mais qui a quand même aidé beaucoup d’étudiants.

*Prénom modifié